Denis Salem | Blog

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À C., le 1er Décembre 2013

Prise de 2.2g de Cubensis Equador, avec de l'eau, Chez moi, Pas mangé depuis 4 ou 5 heure. Bonne lumière et bonne ambiance. Aucune montée, 2h après ingestions, aucun effet visuel notoire mais un fort état introspectif.

L'heure est grave. Les champignons magique, que j'ai avalé ne me font aucun effet. Leur chair bleutée était pourtant, semblait-t-il, saturée en psilocybine. La déception est immense. Il s'agit de cet instant, à la frontière du nihilisme et de la misanthropie, où tu te dis qu'il n'y a rien pour s’échapper de l'aliénante réalité. J'étais déjà bien allumé au collège. On peut même dire que j'ai connue, en quelque sorte, l'illumination. Je sais ce que c'est que de faire l'expérience de réalités alternées, peut-être que c'est pour ça que ces champignons se refusent à moi. Pas de couleurs, pas de rêves éveillés, pas de révélation que je n'ai déjà eu. Je n'apprendrais rien de nouveau. Il me semble connaître tout du monde et du cœur des hommes. Mon ami qui lui aussi écrit à son acte manqué me confessait tout à l'heure qu'il se sent seul. Une amie me confessait tout à l'heure, en pleure, au téléphone qu'elle se sentait seul. Ils se sentent tous seul. En couple ou célibataire, en famille ou entre ami. La solitude est la chose la mieux partagé du monde. Je me sens seul, immensément seul. Trahi au dernier degré par mes espoirs, par mon corps et par mon esprit.

C., tu es vraiment une fille magnifique. Mais la cigarette te fais vieillir prématurément. Je regrette vraiment de ne pas avoir pu être ton ami, je regrette de ne pas avoir pu te dire quand j'aurais pu que je t'aimais. Mon esprit perpétuellement confus ne fait pas la distinction entre passé, présent et futur. La vie est un rêve comme un autre, et le temps est une dimension spatial. Tout est affaire de perspective. Carl Gustave Jung, père de la psychanalyse, s'extasierait devant cette explosion de spontanéité et de sincérité. C., tu le savais ? On à tendance à être sexuellement attiré par des personnes ressemblant à nos parents. Enfin je dis sexuellement, mais en réalité, je parle du mécanisme primitif à l'origine du sentiment amoureux. Il y a quelque temps, en rangeant des cartons, je tombais sur des photos de ma mère. Tu lui ressemble beaucoup, au même âge. Vous avez le même caractère. La même tendresse apparente et la même frustration latente et insidieuse. La même féminité. À moi qui tombe dans un trou noir, au delà de l'horizon des évènements, sur la ligne de ma vie. Je ne m'attend plus à rien. Si jeune et déjà si fatigué de vivre.

Je ne suis pas capable de dire si, à l'issu de ce tripe improbablement introspectif, je sortirais de cette convergence entropique ou si, au contraire, je serais capable de transcender ma condition. Dans un univers parallèle, une réalité subjective, un rêve sans doute, nous nous aimons. Dans cette réalité ta sœur se moque de moi. Se serait comme dans un manga où les protagonistes se parle pour ne rien dire. Où les personnages se chamaille bêtement, et c'est mignon. Tendre. Innocent. Dans cette réalité, je ne connais pas encore le sexe, et je te désire sans comprendre comment ça fonctionne. J'aimerais te toucher. Comme ton regard m'a toujours fasciné, c'est ton visage que j'embrasse en premier, et tu me rend ce baisé, avec ton si beau sourire. Mais nous n'allons pas plus loin parce que nous n'osons pas. Nous n'oserons jamais. Nous nous aimons d'un amour impossible, parce que cette réalité alternative, comme toute les autres prendra fin. C., la réalité n'est pas absolu. Je regrette que tout le monde ne rêve pas comme moi je rêve pour s'en rendre compte.

Tout le monde ne peut saisir cette notion pourtant concrète de réalité alternée.

Tes yeux, ça c'est quelque chose. La topologie de ton visage va bien au delà de tout ce que j'ai pu voir. Une géométrie parfaite qui semble ne parler qu'a moi. Et pourtant tu es si loin. La vie est trop courte pour perdre son temps. Dans la réalité objective, dans le passé, en cours de biologie, nous somme exceptionnellement assis l'un à côté de l'autre. Comme on passait le peu de temps ensemble à être désagréable l'un envers l'autre, il me semble qu'a ce moment là nous étions mal à l'aise. Il fallait pourtant être courtois, ou se montrer qu'on était capable « de ». Difficile de t'observer sans que tu t'en rende compte. Nous nous parlons, nous échangeons. J'aimerais que ça dure, j'aimerais que ça devienne naturel. Tu sens bon. Dans la réalité objective, dans le passé, en cours de français. Tu es assise, et tu regarde droit devant toi. Tu es entourée de je ne sais trop qui. A un moment, quelqu'un sous entend, pour t’embarrasser que tu es amoureuse de moi. Faux souvenir ? Pourtant, c'est à ce moment que j'ai commencé à te considérer. Si cet instant n'a jamais eu lieu, tout une réalité s'est pourtant déroulé, conséquence de cet événement fictif. C'est peut-être ça le big-bang. Une hallucination. Avant, je n'avais pas suffisamment confiance en moi pour pouvoir espérer être aimé par quelqu'un d'aussi belle et doué. À ce moment ambiguë pourtant, il me semble que tu es amoureuse de moi, dans cette réalité objective. Nous ne nous l'avouerons jamais. Pour Erwin Schrödinger, physicien quantique de son époque, l'univers est double.

Tant que je n'ai pas les moyens de vérifier tes sentiments. Tu es simultanément amoureuse et indifférente. Se soir, dans les ténèbres, je rompt la symétrie. J'avais peint un tableau de toi, et je t'en avais envoyé une copie numérique. Sans réponse. En même temps, c'était pas brillant, mais ça rend mieux en vrai. Saisir tes traits, c'est comme te faire mienne. Qu'aurais tu pu répondre ? Plus de sept ans se sont écoulé, plus que le temps nécessaire pour que toutes les cellules de nos deux corps se soient entièrement régénéré. Autrement dit, tu n'es plus du tout la même personne. Ni moi non plus. Je cours après un fantôme, un souvenir. Merci Facebook de conserver pour moi ton image.

C.

Merci internet d'abolir la notion d'espace temps. J'ai franchi l'event horizon. Je me sens chuter. Je redescend. L'univers, au delà du trou noir s'accélère. Le décalage temporel est tel que toute la lumière de l'univers se concentre en un seul point et me brûle. Compressé, il ne reste que la peur. Broyé, dans un maelström de souvenirs et de matière en fusion, dans un vide glacial, dans la lumière. Dans l'obscurité. Au delà du trou noir, l'univers poursuit son expension. Moi qui suit figé dans un abysse dont la science peine à saisir la nature, je ne peu vivre avec mon temps. Dimanche. Dans un univers qui n'est pas encore présent, tu te réveille d'une cuite. Tu te réveille tout court. Tu ne te réveille pas. Mais tu reçoit ce message confus. Indifférente, ou troublée. Surtout très mal à l'aise devant mes embarrassantes obsessions. Peut-être touchée. Peut-être... Mais il fallait bien que j'en finisse, d'une manière ou d'une autre. Je n'ai jamais cessé d'aimer les personnes que j'ai aimé, et qui ne sont plus dans ma vie. Ça n'a plus aucun sens mais je continue d'étendre cet affection torturé dans le vide. J'espère secrètement un écho à ma mesure. J'espère ne pas être seul ; j'espère un signal. Un écho. Juste un écho. Un écho lointain. Tous les trous noirs sont destinés à s'évaporer. En son sein, je ne puis plus communiquer avec l'univers. C'est mon dernier message, qui s'étire et s'étend, longuement, puis le silence. Enfin.